External imageDeux types tenteront de compléter Final Fantasy III en direct, de mardi le 9 à samedi le 13 octobre. Le tout débutera en après-midi.
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Au-delà du tintamarre légitime en protestation à la Loi 78 qui visiblement ne règle absolument rien, il importe de retourner le plus rapidement possible au débat initial au cœur du conflit.
J’irai tout simplement, et directement au fait avec l’ébauche d’une proposition qui me semble juste et équitable sans même devoir sombrer dans le compromis.
Évidemment, les détails méritent d’être peaufinés, mais l’essentiel me semble être une proposition gagnante pour tous les intervenants mais surtout la société québécoise.
Cette proposition force le gouvernement à prendre acte du discours étudiant face à la gestion douteuse des institutions universitaires et le souhait populaire de faire de l’éducation la « nouvelle » priorité au même titre où la santé a pu l’être à une autre époque, pour une autre génération.
Inversement, les étudiants reconnaissent que la hausse des frais de scolarité est un travail qui se développe à long terme dans les coulisses du fonctionnariat peu importe le parti au pouvoir et que l’urgence d’agir dans un contexte économique difficile peut être valable pour une durée temporaire (de la même manière que pouvait l’être la remise aux oubliettes du dogme « déficit zéro » suite à la dernière dépression économique).
D’un point de vue stratégique, le gouvernement pourra se vanter d’avoir su tenir les rênes serrés pour ultimement agir de manière responsable afin d’assurer la pérennité à long terme du modèle québécois, alors que les étudiants pourront se targuer d’avoir influencé le cours de l’histoire du Québec en faisant de la gratuité scolaire une valeur fondamentale à la société que le gouvernement, peu importe le parti, aura la responsabilité d’assumer au cours des prochaines années.
Et si jamais, un gouvernement devait, pour quelconques raisons, ne pas tenir ses engagements ou modifier la loi afin de contrevenir au décret, ce dernier devra justifier devant le peuple (et possiblement des élections) ses décisions et en subir les conséquences.
En résumé, cette proposition me semble non seulement une porte de sortie au conflit mais une manière de synthétiser l’ensemble des positions évoquées de part et d’autre au cours du conflit pour bâtir un avenir plus fort et prometteur qui aura eu le mérite d’émerger d’un des plus grands engagements populaire que le Québec ait connu.
« Nous sommes condamnés à interpréter. »
Paul Ricœur
Peu importe la résultante, peu importe la résolution du conflit, la grève étudiante de l’année 2012 sera synonyme d’une démonstration sans équivoque du pathétisme postmoderne dont souffre la société québécoise.
D’emblée, comprenons l’essentiel : il ne se déroule présentement rien (de ce qui est réellement discuté, analysé et critiqué).
D’un côté, il existe un regroupement d’étudiants, divisé en diverses factions qui ne représentent pas les mêmes intérêts et qui ne défendent pas la même idéologie, mais qui parle au nom desdits étudiants comme étant un tout uniforme et homogène sans représenter la majorité de ces derniers. Cette nébuleuse revendique l’attention du gouvernement via une série d’actions directes ─ tantôt pacifistes, tantôt illégales, tantôt dangereuses ─ afin d’empêcher une indexation pratiquement immuable des frais de scolarité. Ces mesures contestées à différents niveaux par une minorité de représentants organisés n’affecteront qu’une marginalité de représentants qui ne pourront pas subvenir à l’indexation, s’endetter davantage ou compter sur l’appui financier d’un membre de la classe moyenne.
L’argument devient donc : l’accès universel à l’éducation postsecondaire est menacé par une hausse des frais de scolarité (alors que la gratuité des frais de scolarité devrait être envisagée par/pour une société meilleure).
De l’autre côté, il existe un gouvernement majoritaire élu par la population pour un troisième mandat consécutif qui, à la veille d’une campagne électorale imminente, cherche à redorer le blason d’un mandat peu élogieux en se positionnant plus à droite sur l’échiquier politique de manière à contrer la montée d’un nouveau parti, la CAQ, qui gagne en popularité au sein de la population. Ce faisant, il utilise son pouvoir démocratique, obtenu légalement par la faveur juridique, afin d’imposer avec force sa décision à une majorité d’électeurs pourtant en accord avec la décision initiale afin de calmer les ardeurs d’une minorité qui défend une marginalité rendue utopique par un spectaculaire spectacle [sic] médiatique.
L’argument devient donc : la démocratie aura préséance sur l’insolence révolutionnaire d’une minorité violente et hors la loi qui doit être réprimandée au nom de la bien séance des affaires publiques.
Le tout se déroulant dans un processus de construction de (non)sens médiatique qui (re)construit du sens à partir d’un conflit (qui n’existe pas) entre deux clans (qui font semblant d’être en opposition). S’entremêle alors une couverture sélective de moments isolés où différents écarts de conduite, de part et d’autre, sont (re)présentés en boucle (et partagés à profusion sur les médias sociaux – la nouvelle chaîne de nouvelles continues qui ressassent au maximum le même contenu suivant l’objectif d’atteinte de cotes d’écoute/impressions/pages vues/like/retweet) comme étant la synthèse de l’événement. La polarisation des points de vue facilite l’orchestration d’une histoire peu importe la position du consommateur de nouvelles.
L’environnement médiatique devient donc : d’un côté, il y a « le bien » qui revendique pour la majorité, tantôt démocratiquement tantôt avec violence, au nom du bien commun; et de l’autre côté, il y a « le mal » qui revendique pour la majorité, tantôt démocratiquement tantôt avec violence, au nom du bien commun.
Ainsi, le citoyen se retrouve à s’auto-convaincre qu’il a raison, peu importe sa prise de position face à la consommation de l’environnement médiatique qui représente une situation également floue, surtout mise en opposition. Recommence alors un processus de (re)construction rhétorique personnalisée, mais renforcée par la récupération technologique de la mobilisation sociale des plateformes 2.0, où s’accentue le clivage déjà polarisé : « J’aime ou je n’aime pas ». Tous les moyens deviennent bons, encore une fois de part et d’autre, afin d’amasser du support pour sa prise de position renforcée par un algorithme articulé autour d’un processus de feedback à base d’interactions où la qualité n’égale pas la vérité d’un message, mais la force de propagation d’un message.
L’implication devient donc : j’ai raison car j’obtiens l’appui de ma communauté avec qui j’entretiens des relations organisées autour d’intérêts communs.
Au final, on assiste à une communauté polarisée entre deux camps convaincus de militer pour le bien commun revendiqué par deux groupes de représentants qui croient nécessaire de protéger une minorité de leurs membres qui se sentent menacés par une mesure qui n’aura que peu d’impact réel sur la performance générale de la majorité au sein des affaires publiques par le temps qu’elle sera complètement mise en application d’ici quelques années, sans que cette dite mesure ne soit étudiée à sa juste valeur par l’industrie médiatique.
Il ne reste donc que l’engraissement d’un spectacle postmoderne qui ne sert (à) rien, ni personne car profondément vide dans son retour sur soi-même rendu impossible par une consolidation de la valeur personnelle de chacun face à la défense d’un bien commun duquel on se détache pourtant, fondamentalement. Surtout dans le cas présent.
« En conséquence: celui qui veut avoir raison ou tort,
Commande sans trouble,
Ne comprend pas les principes
Du ciel et de la terre.
Il ne sait pas comment
Les choses s’articulent. »
Chuang Tzu